Conseil & Audit Publié le 2012-02-01

Entretien avec Sophie Thiéry, directrice du département audit, Vigeo

" Une bonne prise en compte des critères ESG est un levier d’innovation, de R&D et donc un facteur d’attractivité "


Fondée en 2002 par Nicole Notat, l’agence de notation extra-financière Vigeo dispose de deux principaux pôles d’activité. D’une part, Vigeo Rating mesure les performances et ‎les risques des entreprises en matière de responsabilité sociale pour le compte d’investisseurs. D’autre part, la branche Vigeo Enterprise, dirigée par Sophie Thiéry, accompagne les entreprises, collectivités, et tout type d’organisation, dans la définition et le déploiement de leurs démarches de responsabilité sociale au sein de leurs activités.

Décideurs. Comment se déroule une mission d’audit en responsabilité sociale et environnementale (RSE) menée par Vigeo Enterprise ?

Sophie Thiéry. L’audit réalisé par notre branche Vigeo Enterprise s’inscrit dans une démarche volontaire de l’entreprise concernée. Tout commence par une contextualisation des enjeux RSE propres à l’activité de l’entreprise et à son (ses) territoire(s) d’implantation. Nous analysons ensuite l’information recueillie à travers la documentation publique et la documentation fournie par l’entreprise, les visites de sites et les entretiens conduits sur place. Les résultats de cet audit peuvent être mis en perspective dans un benchmark fondé sur notre base de données qui regroupe les résultats de plus de trois cents missions effectuées dans plus de trente pays. Nous accompagnons également l’entreprise auditée dans le déploiement de ses démarches RSE, comme l’intégration de critères sociaux et environnementaux dans la fonction d’audit interne. Enfin, nous aidons les structures qui le souhaitent à aller plus loin en faisant de la RSE un véritable levier stratégique de développement (dans les processus de fusions-acquisitions, les appels d’offres, les projets d’entreprise, etc.).

Décideurs. Quelle réflexion conduit généralement les entreprises à effectuer cette démarche volontaire vers plus de performance responsable ?

S. T. Pour chaque entreprise, tout commence par la prise de conscience de l’importance de la RSE et de ses enjeux. Cette démarche commence à peine pour certaines d’entre elles, d’autres sont déjà plus matures dans la mesure où elles ont entamé cette réflexion il y a une dizaine d’années, lorsque le concept de RSE a commencé à émerger sur le plan législatif à l’échelle nationale et internationale.

Un seuil est ensuite franchi lorsque que l’entreprise prend conscience de l’impact négatif que peut avoir une prise en compte insuffisante de la RSE dans sa stratégie de gestion des risques. S’engager sur des objectifs de responsabilité sociale permet en effet de se prémunir contre des risques juridiques, et au-delà, contre des risques de réputation, d’atteinte à l’image de la marque, des risques de conflits sociaux ou d’atteinte à la cohésion sociale en interne et donc à la mobilisation des collaborateurs, à leur capacité d’innovation et de changement. Une sous-estimation de la RSE peut également affecter les relations avec les prestataires externes, créant ainsi un risque de dysfonctionnement dans la chaîne d’approvisionnement.

Décideurs. Quels sont les bienfaits directs d’une stratégie de responsabilité sociale efficace ?

S. T. Une bonne prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) est un levier d’innovation, de R&D et donc un facteur d’attractivité : attractivité de la marque vis-à-vis des consommateurs et de l’entreprise vis-à-vis de la main-d’œuvre, mais aussi pour de potentiels investisseurs en capital. En effet, ce sujet n’intéresse plus uniquement les fonds dits ISR, qui se concentrent traditionnellement sur l’investissement socialement responsable. Aujourd’hui, la plupart des acteurs généralistes intègrent les critères ESG dans leur évaluation des cibles potentielles.

Décideurs. Quel est le degré de maturité du concept de RSE en France, par comparaison aux autres pays européens et au monde anglo-saxon?

S. T. En Europe, la France figure parmi les pays où le taux de production d’indicateurs de responsabilité sociale est le plus élevé. C’est ce que met en évidence une étude récente de Vigeo qui situe l'Hexagone en deuxième position, entre les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Cette bonne information, sans doute liée aux obligations d’informer instaurées par le législateur, traduit une certaine maturité du concept de reporting appliqué à l’exercice de la responsabilité sociale.

Vis-à-vis du monde anglo-saxon, la France se distingue plus par son approche de la RSE que par le niveau de maturité du concept. En effet, les entreprises françaises présentent en général une information substantielle sur la gestion des ressources humaines et le respect des droits de l’homme. Alors que les entreprises britanniques, qui n’ont pas une telle tradition de transparence sur les aspects sociaux, se concentrent principalement sur l’information liée à la gouvernance, la protection de l’environnement et l’engagement sociétal.


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